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Compte-Rendu de la table ronde sur le traitement intelligent de la donnée

Repenser l’entreprise à l’ère de la donnée-reine
15 Février 2018

Le mardi 13 février dernier se tenait à Levallois-Perret un forum dédié au Big Data et au traitement intelligent de la donnée : sous la houlette de VISEO, SAP et de Delville Management, cet afterwork réunissait plusieurs experts autour des problématiques nouvelles engendrées par ce "nouvel or noir".

"Il faut créer une culture de la donnée" : une phrase qui résonne comme un mantra au sein de la tour SAP de Levallois, tant l'information y est déjà considérée comme un levier de croissance incontournable, et au cœur de toutes les technologies qui y sont développées. Encadré par SAP et en partenariat avec  Delville Management, cet afterwork initié par VISEO avait pour but de rassembler plusieurs experts de la data afin qu’ils apportent leur éclairage sur les profondes transformations qui sont en cours au sein de l’entreprise, à une époque où la donnée devient le nouvel étalon-or, et sa valorisation l'étape nécessaire pour gagner en performance et faciliter la prise de décision. Parmi les experts présents, Yves Cointrelle, notre directeur de la stratégie et du développement BI et Big Data, Patricia Hornebecq, Head of Analytics SAP, Didier Dumont, responsable du pôle Data chez Eurotunnel, et Eric Audouin, directeur associé de Delville Management.

Pourquoi la data ?

Aujourd’hui de nombreuses sociétés s’engouffrent unanimement dans la course à la data, tandis que les médias se gargarisent de cette révolution structurelle, mais peu d’entre elles parviennent véritablement à transformer l’essai et à en dégager une valeur ajoutée significative. Le traitement intelligent de la donnée devient un passage obligé dont l’effet de mode oblitère parfois les contingences réelles et la nécessité d’une pensée raisonnée, développée en amont. Les 4 experts présents pour la plénière ce soir-là étaient là notamment pour rétablir certaines vérités et tenter de délimiter plus précisément le rayon d’action et les domaines d’application du Big Data, afin, de repousser quelques idées préconçues, et surtout, d’apporter de vrais éléments de réponse et d’exploration.

"J'ai toujours été convaincue que la donnée avait son rôle à jouer, alors même que son traitement intensif était encore considéré comme de la science-fiction dans les années 80." explique Patricia Hornebecq, Head of Analytics SAP, en forme de préambule : avec plus de 25 ans d’expérience dans l’IT, elle est un des précurseurs dans le domaine du traitement de la donnée – introduisant notamment les réseaux IP en France à l’âge de 22 ans, lors de son premier exercice en tant que chef d’entreprise. Forte de plusieurs années de formation en Australie, où elle travaille pour le compte d'une grande banque locale, elle a ensuite été au service de plusieurs ESN afin de rejoindre les rangs de SAP. Elle estime qu’aujourd’hui la donnée doit permettre de refonder une manière transversale de penser l’entreprise, notamment par le biais d’un design thinking collaboratif, et en estompant les frontières du privé et du public.

Contourner l'échec

Pour Yves Cointrelle, directeur de la stratégie BI et IA chez VISEO, le traitement de la donnée doit être appréhendé avec le maximum de précautions. Il rappelle qu’aujourd’hui encore la plupart des projets data ont un taux d’échec qui avoisine les 80% : cette approche aporétique de la data permet d’abord de sécuriser le cheminement intellectuel qui permet d’élaborer un projet.

« La promesse du Big Data ne s’applique pas forcément à toutes les entreprises, et celles qui ont complètement muté grâce à la donnée n’existent pas encore », rappelle-t-il. Garder la tête froide, et privilégier une stratégie des « petits pas » : « Aujourd’hui beaucoup d’entreprises estiment qu’il suffit de se doter d’une collection exhaustive de capteurs, de bâtir une structure d’accueil de type Data Lake, et d’y faire tourner quelques algorithmes pour générer immédiatement un ROI substantiel : en réalité, c’est souvent le moyen le plus sûr d’être déçu. » Un projet data nécessite en effet un travail de réflexion en amont, mais aussi d’intuition : on doit savoir que faire de ses données afin de les recueillir et de les faire parler. Il y a donc tout un travail exploratoire qui doit être fait, et qui constitue bien souvent la part la plus ingrate et la plus laborieuse d’un projet data, tout en étant indispensable.

Casser les silos

Didier Dumont, responsable du pôle Data chez Eurotunnel, ne peut qu’abonder en ce sens : « Après 20 ans d’existence, Eurotunnel est assis sur un énorme paquet de données, on se doit donc d’être dans une démarche rigoureuse qui consiste à créer de toutes pièces des méthodologies et des mécanismes, de casser des silos, de croiser les données, d’aller chercher en quelque sorte ce qu’un cerveau humain ne pourrait aller chercher : des similitudes ou des logiques là où il n’y en pas, des patterns là où à première vue il n’y a que du chaos ».

Casser les silos : c’est une formule récurrente du data scientist, dont le rôle est non pas de comprendre, mais de donner les clés de la compréhension à des masses de données parfois erratiques, car issues de multiples canaux et de sources différentes. Passer d’un mode systématique à un mode prédictif, d’un monde aristotélicien à un monde non-aristotélicien, c’est-à-dire non binaire et fondé sur une approche fonctionnelle. La donnée étant considérée comme une monade, et à ce titre presque organique, il faut créer les systèmes et les supports qui vont l’appréhender et l’intégrer comme telle. 

Vers une science prédictive

Au terme de cette conférence les invités ont été conviés au 19ème étage de la tour SAP, où se situe l’Executive Briefing Center de SAP, qui a été présenté par Frédéric Puche, en charge de l’innovation chez SAP. L’EBC de SAP est presque devenu un incontournable à Levallois-Perret, au moins dans le circuit des DSI en quête d’idées et de propositions. Véritable vivier de start-up, mais aussi laboratoire de recherche et d’expérimentation autour de la donnée, l’EBC est un terrain de réflexion où viennent s’agréger tous les domaines de l’ultra-connectivité et du traitement de la donnée en temps réel. Virevoltant entre les écrans tactiles, Frédéric Puche démontre avec passion la puissance des moteurs d’analyse créés par SAP : utilisant le domaine du sport pour expliquer le travail de SAP (qui fournit aujourd’hui des solutions d'analyse prédictive aux coachs et aux différentes équipes sportives), il nous donne une vision captivante de ce que pourrait être un monde entièrement infusé par la data, où celle-ci pourra prédéterminer à terme chacune de nos actions.

Rien de tel pour couronner un afterwork qu’un apéritif dinatoire, organisé au 19ème étage de la tour pour un peu de networking, avec vue imprenable sur le panorama francilien, où il fut difficile de considérer les lumières de la ville comme autre chose que des informations pulsantes dans la nuit de février.